Il aura suffi de 152 secondes. Samedi 18 juillet, au Moody Center d'Austin, l'invaincu Gamid Khizriev a soumis Biaggio Ali Walsh, petit-fils de Muhammad Ali, à 2 minutes et 32 secondes du premier round. Pas sur un étranglement, pas sur une clé de bras : sur un twister, l'une des soumissions les plus rares du sport.
Une torsion de colonne, pas un étranglement
Le twister n'appartient à aucune des deux grandes familles de soumissions. Il n'écrase pas une artère comme un étranglement, il ne force pas une articulation isolée comme une clé de bras. C'est une clé de colonne : l'attaquant applique des forces opposées sur le haut et le bas du corps de son adversaire, et tord le rachis, principalement au niveau cervical.
C'est précisément cette mécanique qui la rend si peu commune. La Fédération internationale de jiu-jitsu brésilien interdit toutes les clés de colonne, à tous les niveaux de ceinture, y compris chez les noires. Un compétiteur qui place un twister en tournoi IBJJF ne gagne pas : il est disqualifié. La prise ne se pratique donc quasiment nulle part en compétition de grappling, ce qui explique qu'une grande partie des combattants ne l'ait jamais subie à l'entraînement.
De la lutte universitaire à Eddie Bravo
Son origine n'est pas brésilienne mais américaine. En lutte universitaire, la prise existe depuis les années 1920 sous le nom de guillotine, développée par Ralph Lupton, champion NCAA en 1928 avec Cornell. Elle y combine un contrôle de jambe, le leg ride, et un crochet de bras.
C'est Eddie Bravo, apprenti lutteur devenu élève de Jean-Jacques Machado, qui l'a fait passer dans le jiu-jitsu et dans le MMA. Il l'a rebaptisée twister pour une raison très pratique : en jiu-jitsu, le mot guillotine désigne déjà un étranglement, et la confusion aurait été totale. Le nom est resté, popularisé par son système 10th Planet et par son livre consacré à la prise.
Le Scottish twister, la variante qui monte
Ce que Khizriev a placé sur Ali Walsh n'est pas le twister classique. C'est une variante nommée par l'ancien combattant écossais Stevie Ray, qui l'a placée sur Anthony Pettis en 2022, puis sur Lewis Long lors de son combat d'adieu à Glasgow en 2024.
La différence est mécanique. Le twister traditionnel part d'un contrôle en figure-four sur une jambe. Le Scottish twister, lui, part du dos : les deux crochets posés, un triangle de jambes verrouillé autour du corps, et une jambe extérieure passée entre celles de l'adversaire. Il se déclenche au moment précis où l'adversaire tente de se retourner pour revenir en garde. Cette rotation, qui est l'échappatoire normale, devient le piège.
C'est exactement le scénario du combat. Khizriev amène Ali Walsh au sol, prend le dos, verrouille son triangle de jambes. L'Américain tente de pivoter. Le Daghestanais bloque la rotation des hanches et emporte la tête. Le tap est immédiat, et Ali Walsh reste plusieurs secondes au sol.
Quatre fois en quinze ans, et deux fois en un mois
À l'UFC, on ne compte que quatre combats terminés par un twister depuis 2011.
Le premier est signé Chan Sung Jung, le Korean Zombie, contre Leonard Garcia en mars 2011. Le deuxième revient à Bryce Mitchell face à Matt Sayles en décembre 2019, une soumission élue meilleure de l'année. Le troisième est l'œuvre de Da'Mon Blackshear en août 2023.
Le quatrième est tout frais : Murtazali Magomedov l'a placé le 20 juin 2026, pour ses débuts à l'UFC. Un Scottish twister, lui aussi. Autrement dit, une prise vue trois fois en douze ans vient d'apparaître deux fois en moins d'un mois.
Le point commun entre Magomedov et Khizriev n'est pas anodin : tous deux sont daghestanais. La variante écossaise part du contrôle du dos et du triangle de corps, c'est-à-dire du terrain de prédilection de l'école de lutte daghestanaise. Une prise longtemps considérée comme une curiosité de jiu-jitsu californien est en train de devenir une arme de lutteur.
Ce que ça dit des deux hommes
Pour Biaggio Ali Walsh, qui tombe à 4 victoires pour 2 défaites, la leçon est rude. Le sol reste son chantier, et il vient d'être puni sur une erreur d'échappement que la quasi-totalité des adversaires commettent sans conséquence.
Pour Gamid Khizriev, invaincu en cinq combats, c'est la finition qui fait un nom. Battre un Ali attire les regards. Le faire avec la soumission la plus rare du sport les retient.
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